
Actualités / Mars 2005
Japon 2005
Reflets de Tournée
La baie de Miyajima. © Vincent Arlettaz
Et de quatre! Après 1989, 2000 et 2003, l'Ensemble Vocal de Lausanne a visité une nouvelle fois le Japon en ce mois de février 2005. La cadence, comme on le voit, va en s'accélérant; si l'on extrapole ces dates, on pourrait même être tenté de penser que le prochain voyage en Extrême-Orient devrait avoir lieu déjà... en 2006? Pas de risque toutefois de voir une telle expédition se banaliser pour nos musiciens romands: par l'intensité de son rythme de travail, par l'exotisme de l'expérience et la richesse des émotions partagées, une tournée comme celle de 2005 ne s'effacera pas de si tôt des mémoires. EVL info a le plaisir d'ouvrir pour ses lecteurs une fenêtre sur cette aventure exaltante et rondement menée!
Assurément, cette tournée 2005 au pays du soleil levant aura été d'une grande densité: pas moins de cinq concerts ont été donnés en sept jours, dans quatre villes différentes, avec au programme des oeuvres aussi exigeantes que la monumentale Passion selon St-Matthieu ou le Requiem de Fauré! Ajoutez à cela les effets du décalage horaire, les méfaits de la grippe emportée dans nos bagages, et bien sûr des horaires de répétitions ou de déplacements parfois très serrés, nos musiciens romands n'ont pas eu la tâche facile... Mais soyez-en certains, ils sont loin de le regretter! Et lorsque le dernier accord de la St-Matthieu a résonné dans le magnifique Symphony Hall de Fukuoka, le 17 février, et qu'un «bravi» tonitruant fusa du fond de la salle, tous, malgré la fatigue, sentirent qu'ils venaient d'écrire une nouvelle page lumineuse dans l'histoire de l'EVL.
Autres oeuvres à l'affiche en ce mois de février 2005: le Gloria de Vivaldi et le Dixit Dominus de Haendel; page souriante pour le premier, acrobatie flamboyante pour le second, conférant à notre programme une touche éclectique ma foi fort plaisante. Quant aux solistes, nous retrouvions avec plaisir d'anciennes connaissances, telles que Christophe Einhorn (évangéliste), Marcos Fink (Jésus), Peter Harvey (airs de la Passion) et Gyslaine Waelchli (Dixit Dominus). Elle-même japonaise, la soprano Yumiko Tanimura nous avait déjà charmés au début de 2004 en chantant avec nous le Psaume 42 de Mendelssohn (Folle Journée de Nantes, en direct sur Arte), et a plus que confirmé cette impression dans les airs de la Passion, tels que l'extraordinaire «Aus Liebe» (no. 49). Nous découvrions en revanche le talent du contreténor Carlos Mena, déchirant dans le fameux «Erbarme Dich» (no. 39 de la même Passion), ou le ténor belge Yves Saelens, à l'engagement remarquable. Enfin, sortant des rangs du choeur, Sylvie Wermeille et Perpétue Rossier se sont succédé pour chanter, d'une voix aussi simple que touchante, le Pie Jesu du Requiem de Fauré, un des moments forts de cette tournée à n'en pas douter.
Osaka Symphony Hall, le 16 février 2005, Passion selon St-Matthieu.
© The Music Plant, Tokyo
Les salles de concert du Japon ont la réputation d'appartenir aux meilleures du monde. Ce n'est certainement pas l'EVL qui s'inscrira en faux contre ce jugement; disons-le plutôt franchement: notre plaisir fut immense, à remplir de son ces sortes de grands vaisseaux de bois, qui peuvent parfois sembler écrasants, mais où le moindre détail est perceptible même des derniers rangs d'auditeurs! Dans plusieurs de ces salles, le public est partout autour de vous: devant les musiciens, derrière, sur les côtés de la scène. Il écoute dans un silence religieux, et lorsque le dernier accord s'éteint, il applaudit avec un bel ensemble. Yumiko, notre soliste, est là pour nous traduire cela: le public nippon est réservé, dit-elle, mais ces applaudissements-là viennent du coeur. Après le concert, de nombreux auditeurs attendent en file devant l'entrée des artistes; ils disent au maître trois mots en anglais, lui font signer le programme, cherchent fièvreusement des yeux les solistes pour compléter leur collection d'autographes. Parfois, les choristes eux-mêmes doivent s'excuser: je suis désolé Madame, non, voyez, je ne suis pas sur ces photos!
Comme les légendes des estampes et la plupart des livres imprimés,
au Japon les « surtitres » se présentent de manière verticale. Ici, le no.
65 de la Passion selon St-Matthieu, « Mache dich, mein Herze, rein ».© Vincent Arlettaz
Au terme d'un voyage de plus de 18 heures, un rude challenge attendait l'EVL à son arrivée à Tokyo: après une journée à peine d'acclimatation, l'aventure démarrait sur les chapeaux de roue, avec un premier concert donné dans le cadre du Suntory Hall, autrement dit le point culminant de la tournée. Cette salle est en effet à Tokyo ce que le Carnegie Hall est à New York. Comme vous le dira le premier venu des sauteurs à la perche, il n'est pas facile d'assurer la réussite à la première tentative. Ce fut pourtant sans doute une de nos meilleures prestations; nos partenaires japonais songent d'ailleurs sérieusement à en éditer bientôt l'enregistrement. Toujours à Tokyo, mais cette fois dans la salle symphonique du City Opera, le deuxième concert était consacré à notre autre affiche (Fauré, Haendel, Vivaldi), à nouveau devant une assistance comble. Au moment où le maestro recevait son ovation à la fin du concert, un sonore «Happy birthday» s'éleva des rangs du choeur et de l'orchestre. Musiciens, chanteurs, solistes, accompagnants, tous se retrouvaient un peu plus tard, à l'invitation de notre agent japonais M. Watanabe, pour fêter l'anniversaire de Michel Corboz dans un grand restaurant gastronomique de la capitale, un moment dont tous se souviendront longtemps! (voir Une Saint-Valentin aux baguettes).
Dès ce moment, la tournée s'emballa: à chaque jour un concert, et à chaque fois une ville nouvelle. Nagoya d'abord, puis Osaka et enfin, continuant vers le sud, Fukuoka. Ces trois derniers rendez-vous ont malheureusement souffert d'une audience plus modeste, un peu surprenante dans la mesure où Osaka et Fukuoka avaient figuré parmi les étapes les plus brillantes de notre périple de 2003. Mais le plaisir musical et l'émotion n'ont certainement pas été moindres. L'ultime concert s'est achevé vers 22 heures le jeudi 17 février; après une nuit fort courte, tous se retrouvaient le lendemain à... 5 h 30 du matin dans le hall de l'hôtel, pour s'engouffrer dans le bus les emportant à l'aéroport, puis, de là, en Suisse! Comme on le voit, si les tournées deviennent plus fréquentes, leur rythme lui-même semble s'accélérer. On en conviendra, difficile de faire plus efficace!
Temple de Nara. (© Vincent Arlettaz)
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Page mise à jour le 22 novembre 2005