Actualités / Septembre 2006

 

 

«Mozart 2006» selon l'EVL

L ' A N N É E    D E   L A   F Ê T E

Le «Rainbow Bridge» dans la baie de Tokyo,
ville où l’EVL a commencé son pèlerinage Mozart 2006

 

Difficile, impossible même, en cette année 2006, de passer à côté de l'anniversaire Mozart: il y a en effet 250 ans que naissait l'auteur de Don Giovanni. Cet événement est évidemment de ceux qui se fêtent largement. Et si Michel Corboz et l'Ensemble Vocal de Lausanne n'ont pas attendu une telle circonstance pour rendre abondamment hommage au génie de Salzbourg, l'année 2006 aura été l'occasion de resserrer plus que jamais les liens. Une présence accrue qui en vérité n'est même pas le fruit d'une politique délibérée de l'ensemble, mais résulte plutôt du désir de nos partenaires organisateurs de participer comme il se doit aux commémorations. Interprète de référence du Requiem et de la Messe en ut, Michel Corboz était un choix qui s'imposait. C'est dès le mois d'avril, et tout près de chez nous qu'a commencé ce pèlerinage «Mozart 2006»: le 28 avril, le Printemps Carougeois nous invitait à donner le coup d'envoi, par une reprise du Requiem en l'église Sainte-Croix, au coeur de la charmante vieille cité sarde, avec ses terrasses et ses larges places bordées de platanes. Ceci se passait un vendredi soir. Dès le dimanche matin, nos choristes se retrouvaient à l'aéroport de Cointrin -- et cette fois le dépaysement allait être total, puisque le but du voyage était... Tokyo!

S'habitue-t-on aux effets du décalage horaire? Oui si l'on en croit l'expérience de nombre de nos choristes, partis pour le Pays du Soleil Levant pour la troisième fois en quatre ans (2003, 2005, 2006)! Contrairement aux années précédentes, cette tournée-ci se cantonnait à Tokyo, plus précisément au Tokyo International Forum, sorte de cité des congrès et centre culturel situé au coeur même de la ville, à un jet de pierre de la gare centrale, et à quelques centaines de mètres de l'immense jardin du Palais Impérial, véritable poumon vert de la capitale, et site favori des pique-niques dominicaux.

 

Le «Tokyo International Forum», oeuvre de
l'architecte sud-américain Rafael Viñoly (1996)

 

Rafael Viñoly, architecte sud-américain à qui l'on doit l'édifice imposant du Tokyo International Forum, a imaginé une structure de métal et de verre rappelant tantôt une coque de navire renversée, tantôt le squelette d'une sorte de monstre marin échoué au milieu des buildings administratifs et financiers. Par ce gigantesque et magnifique hall vitré, le visiteur gagne les étages inférieurs, où s'ouvrent par des passerelles les passages vers les salles de concert proprement dites. En surface, un parvis arboré sert de point de rendez-vous, et prête son cadre aux animations gratuites: concerts en plein air, accueil amusant par de faux Mozart en livrée, jeux de toutes sortes pour les plus jeunes. Entre le niveau de la rue et les couloirs souterrains, l'espace est distribué de manière intelligente et les embouteillages humains sont rares, malgré quelque 500 000 (vous avez bien lu: cinq cent mille!) visiteurs reçus en une semaine.

 

Puisqu’on vous dit qu’il est partout!

 

Du 29 avril au 6 mai, le Tokyo International Forum a accueilli en effet la version nippone de la «Folle Journée», le fameux festival nantais, sorte de schubertiade de luxe dont l'origine remonte au milieu des années 1990. Aujourd'hui, toujours dirigé par son fondateur René Martin, ce festival dont le succès ne se dément pas a essaimé au Portugal (Lisbonne), en Espagne (Bilbao) et au Japon (Tokyo), en attendant, dès l'année prochaine, Rio de Janeiro. Devenu une entreprise colossale, il décline selon les différentes sensibilités nationales son concept de concerts courts et très nombreux, offrant au public une sorte de grand buffet musical, ne comprenant que des ingrédients de premier choix. EVL Info a déjà eu l'occasion de commenter le phénomène de société qu'est la «Folle Journée». Associé depuis plusieurs années à l'équipe emmenée par René Martin, Michel Corboz et ses artistes parcourent à leur suite de plus en plus de kilomètres. Différent de celui de Nantes et de Lisbonne, le thème de «La Folle Journée au Japon» pour l'année 2006 ne pouvait être autre chose que... Mozart! A l'affiche des concerts de l'EVL donc, le Requiem et la Messe en ut mineur, accompagnés par l'excellent orchestre polonais Sinfonia Varsovia, avec lequel la collaboration s'intensifie depuis la première production commune, à Nantes en 2004. Le Requiem fut même, à la demande des organisateurs, proposé en deux versions différentes: celle, connue, de Mozart, complétée après sa mort par son élève Süssmayr; et l'autre correspondant aux parties qui, de manière avérée, sont exclusivement de la plume de Mozart. Cette formule se révéla une curiosité intéressante, qui n'offrira sans doute pas d'alternative aux options de concert usuelles, mais qui permet de mettre en valeur le remarquable travail de Süssmayr, un auteur par ailleurs quasi inconnu, qui pourrait bien réserver d'autres surprises agréables à celui qui voudra bien s'intéresser de plus près à sa musique!

 

La grande salle du «Tokyo International Forum»:
pas moins de 5000 places!

 

Le gigantisme de Tokyo n'est sans doute nulle part plus visible qu'au Tokyo International Forum, dont la plus grande salle est dotée d'une capacité de... 5000 places! Pour ceux qui pratiquent à longueur d'année les salles de concert européennes, un tel volume ne semble guère compatible avec les exigences de la musique classique; les rares exemples existant chez nous ne pourront d'ailleurs que confirmer une telle appréhension. Mais nous sommes ici au Japon, pays possédant un grand nombre de salles de très grande qualité. L'immense grand auditorium du Tokyo International Forum n'écrase pas par son apparence visuelle, on a même plutôt de la peine à croire qu'on puisse y faire entrer tant de personnes. Dès les premières répétitions, l'acoustique paraît même étonnamment claire, les voix semblent proches. Un mystère! Pour le concert, une sonorisation discrète vient renforcer l'ensemble, de manière à ce que même les derniers rangs d'auditeurs ne perdent rien de la musique; mais sans doute cette précaution serait-elle inutile pour les deux tiers du parterre. Surprenants Japonais! Il reste une chose qui ne s'oublie pas de si tôt: l'impression faite par 5000 paires de mains applaudissant généreusement le chef et ses artistes à la fin de la représentation: une sorte de pluie ininterrompue, venant de tous côtés, noyant la scène. A vivre absolument une fois!

 

Cathédrale de Lausanne, le 11 juillet 2006

 

Deux mois plus tard, c'est à nouveau en Suisse romande que le même Requiem était repris, pour deux concerts donnés les 11 et 12 juillet en la Cathédrale de Lausanne, dans le cadre du célèbre Festival de la Cité. Remarquable succès populaire, cette manifestation propose un grand nombre de spectacles gratuits dans le coeur historique de la ville de Lausanne: théâtre contemporain, danse, jazz ou encore cinéma, la cuvée 2006 aura attiré pas moins de 140'000 spectateurs. Accompagnés par le Lausanne-Concert (formation comprenant de nombreux musiciens issus des rangs de l'Orchestre de Chambre de Lausanne), les deux concerts de l'EVL constituaient le point central de la programmation pour ce qui concerne la musique classique. Ils ont connu en tout cas une affluence considérable, au point de provoquer un véritable chahut parmi les auditeurs qui durent malheureusement être refoulés par le service d'ordre, faute de place... Malgré ces quelques notes discordantes (mais cette situation n'est-elle pas plus réjouissante que le contraire?), nos choristes garderont le meilleur souvenir de ces soirées à la fois musicales et conviviales, qui leur auront permis d'improviser de rafraîchissants pique-niques sur les pelouses bordant la vénérable Cathédrale. Ainsi le Festival de la Cité reste-t-il fidèle à ses traditions, mélange subtil de douceur de vivre estivale et de découvertes artistiques des plus captivantes!

 

Trente minutes avant le concert, la condition physique
est prise en charge par les préparateurs de l’EVL

 

Mais là ne s'arrête pas notre hommage au divin Amadeus: c'est ainsi que la Messe en ut mineur sera reprise au début décembre à Lyon (deux concerts), dans le cadre du Festival de Musique Ancienne (Chapelle de la Trinité). En outre, à l'invitation de Marek Janowski, nouveau directeur artistique de l'Orchestre de la Suisse Romande, l'EVL donnera la Messe du Couronnement, l'Ave Verum et les Vêpres solennelles d'un confesseur par deux fois cet automne: le 2 novembre au Victoria Hall de Genève et le 3 novembre au Palais de Beaulieu à Lausanne. Et comme si tout cela ne suffisait pas, on n'oubliera pas de mentionner les concerts consacrés au Messie de Händel dans la version révisée par Mozart; surprenante partition en vérité, où il arrive que les clarinettes remplacent les trompettes, et où les parties d'instruments à vent de manière générale sont beaucoup plus développées que dans l'original. C'est au Baron Van Swieten, ambassadeur d'Autriche à Londres et futur librettiste de la Création de Haydn, que revient l'initiative de faire connaître au public viennois le Messie, dont il était devenu un admirateur enthousiaste dès les années 1760. A cette époque toutefois, on ne connaissait point encore le souci actuel du respect littéral des versions originales, et l'on éprouvait plutôt le besoin de remettre au goût du jour les oeuvres que l'on redécouvrait. Un copiste prépara pour Mozart une partition reprenant la base de la musique de Händel, mais avec un texte traduit en allemand, et des portées vides pour l'ajout des instruments à vent. De nombreux solos vocaux furent redistribués -- en fonction du personnel disponible bien entendu -- et un travail fort intéressant de réalisation des récitatifs accompagnés fut mené à bien par cet arrangeur de luxe. Aussi cette insolite partition mérite-t-elle de retenir l'attention des mélomanes, surtout à l'heure où d'aucuns se plaisent à exhumer par exemple la version mendelssohnienne de la Passion selon Saint-Matthieu. Le «Messie de Mozart» (comme l'appellent les choristes de l'EVL) aura été dirigé pas moins de cinq fois par Michel Corboz cette année : à la Chaise-Dieu (22 et 23 août), à Tulle (chef-lieu de la Corrèze, le 21 août) à Montreux sous les auspices du Septembre Musical (13 septembre), enfin le 19 octobre à Marseille (Abbaye St-Victor). Au total, entre fin avril et fin décembre 2006, ce ne sont pas moins de 16 concerts de l'Ensemble Vocal sur 22 qui auront été liés à la personne de Mozart à l'occasion de son jubilé, soit près des trois quarts. Aura-t-on besoin d'en dire plus pour montrer à quel point ce compositeur est cher à Michel Corboz et à ses protégés? Et à leur public bien entendu...

 

 

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Page mise à jour le 29 septembre 2006